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Prédication du dimanche 13 septembre

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Josué 4 1-24 – être des « signes » pour nos proches ?

Nous allons évoquer l’importante question de notre responsabilité nos proches. Je voudrais ce matin partager avec vous quelques réflexions à ce propos.

Le texte qui a guidé ma réflexion se trouve dans le livre de Josué (4). Dans ce passage, Dieu, dans le même temps qu’il vient agir en faveur de son peuple, commande aussi la façon dont cela devra être transmis aux générations suivantes.

Un mot sur le contexte : 

Le peuple hébreu est presque au bout de son voyage vers la Terre Promise. Moïse est mort, et le peuple se trouve aux portes du pays promis. Cette terre est là, de l’autre côté du fleuve, le Jourdain.

Sur l’ordre de Dieu, un jour, tout le monde se rassemble, hommes, femmes, enfants avec armes et bagages, tentes, animaux… Devant, marchent les prêtres qui portent l’Arche de l’Alliance, signe de la présence de Dieu. Et lorsque les pieds des prêtres touchent l’eau, celle-ci s’ouvre en deux, laissant un passage vers l’autre côté.. et le peuple traverse à pied sec avec armes et bagages.

Alors Dieu donne cet ordre étonnant :

« 1Lorsque toute la nation eut achevé de passer le Jourdain, le SEIGNEUR dit à Josué : 2Prenez douze hommes parmi le peuple, un homme de chaque tribu. 3Donnez-leur cet ordre : Enlevez d’ici, du milieu du Jourdain, de l’endroit où les prêtres se sont tenus immobiles, douze pierres que vous ferez passer avec vous et que vous déposerez au campement où vous passerez la nuit.

4Josué appela les douze hommes qu’il avait fait désigner parmi les Israélites, un homme de chaque tribu. 5Josué leur dit : Passez devant le coffre du SEIGNEUR, votre Dieu, vers le milieu du Jourdain, et que chacun de vous charge une pierre sur son épaule, selon le nombre des tribus des Israélites, 6afin que cela soit un signe parmi vous. Lorsque vos fils vous demanderont demain : « Que sont ces pierres pour vous ? », 7vous leur direz : « C’est que les eaux du Jourdain ont été coupées devant le coffre de l’alliance du SEIGNEUR. Lorsqu’il a passé le Jourdain, les eaux du Jourdain ont été coupées. » Ces pierres seront pour toujours un rappel pour les Israélites ».

8Les Israélites firent ce que Josué avait ordonné. Ils enlevèrent douze pierres du milieu du Jourdain, comme le SEIGNEUR l’avait dit à Josué, selon le nombre des tribus des Israélites. Ils les firent passer avec eux au campement et les y déposèrent. 9 Josué dressa douze pierres au milieu du Jourdain, à l’endroit où s’étaient tenus les prêtres qui portaient le coffre de l’alliance, et elles sont là jusqu’à ce jour.

Puis le peuple passe, tout le monde sort du fleuve. Alors les eaux se referment et le fleuve reprend son cours…

« 19Le peuple remonta du Jourdain le dixième jour du premier mois ; ils campèrent au Guilgal, à la limite est de Jéricho.

20Ces douze pierres qu’ils avaient prises du Jourdain, Josué les dressa au Guilgal.

21Il dit aux Israélites : Lorsque, demain, vos fils demanderont à leurs pères : « Que signifient ces pierres ? », 22vous le ferez savoir à vos fils en disant : « C’est sur la terre ferme qu’Israël a passé ce Jourdain. » 23Car le SEIGNEUR, votre Dieu, a mis à sec devant vous les eaux du Jourdain jusqu’à ce que vous soyez passés, comme le SEIGNEUR, votre Dieu, l’avait fait à la mer des Joncs, qu’il a mise à sec devant nous jusqu’à ce que nous soyons passés. 24C’est afin que tous les peuples de la terre sachent que la main du SEIGNEUR est une main forte, et afin que vous craigniez toujours le SEIGNEUR, votre Dieu.

On trouve dans ce passage le récit d’une délivrance miraculeuse et en même temps… une sorte de cours de catéchisme !Dieu commande de placer des pierres du Jourdain comme « un signe » au milieu du peuple afin qu’elles soient plus tard une occasion de transmettre ce qui a été reçu de la grâce de Dieu ce jour-là  – le transmettre aux jeunes génération et plus largement, à « tous les peuples de la terre » (v.24).

On trouve ici quelques pistes pour aborder cette question de la transmission.

Ce qui est premier, et ce qui est à transmettre, c’est l’action de Dieu.

Mais qui est chargé d’en transmettre le témoignage ? Ici, ce sont à la fois la communauté – l’Eglise – et la famille. Une partie – les pierres – est posée par le peuple, mais c’est dans la famille que le sens est donné, dans un dialogue parents-enfant.

« Lorsque, demain, vos fils demanderont à leurs pères : « Que signifient ces pierres ? », 22vous le ferez savoir à vos fils en disant : « C’est sur la terre ferme qu’Israël a passé ce Jourdain ».

C’est toujours vrai aujourd’hui : si l’Eglise peut transmettre une partie, la famille reste le lieu où le témoignage est le plus fort.

Bien sûr, l’Eglise reste un lieu privilégié pour enseigner les enfants. C’est aussi sa responsabilité. L’Eglise est sans doute plus à même de transmettre un enseignement systématique, plus théologique – sans compter l’apprentissage de la vie communautaire, du culte, de la louange, etc. Les témoignages de baptême, les célébrations, etc. sont autant de pierres commémoratives qui peuvent amener les questions.

Mais bien sûr c’est dans la famille d’abord que le témoignage de foi a le plus de poids. Dans la famille, c’est à dire là où c’est précisément le plus dur !

C’est peut-être pour cela qu’il est plus confortable de déléguer à l’Eglise la lourde responsabilité de transmettre et d’éduquer. Mais la famille peut-elle abandonner ainsi sa responsabilité spirituelle ?

Pour les premiers protestants, ce n’était pas envisageable ; on parlait de la « petite église » de la famille, ou comme Calvin du « Dieu des maisons ».

Transmettre la foi à la maison, à l’Eglise, d’accord. Mais comment ?

Quelle pédagogie pour parler de Dieu, pour « témoigner »? 

Là dessus le texte apporte une piste intéressante. Il est frappant de voir que Dieu prescrit en quelque sorte le dialogue comme moyen de témoignage.

« Demain, vos fils demanderont à leurs pères : « Que signifient ces pierres ? ». Bel exemple de dialogue parents-enfants sur la foi.

La démarche indiquée est très ouverte : le parent attend que l’enfant, intrigué, l’interroge, pour raconter alors ce que Dieu a fait.

C’est alors une occasion pour le parent de rendre un témoignage de sa foi, non pas en raisonnant ou en argumentant, mais en racontant tout simplement qui est le Seigneur et ce qu’il a fait pour lui.

Je crois profondément que la foi ne peut être partagée que dans ce type de dialogue, où l’on parle de façon personnelle, en vérité et en toute humilité. En dialoguant, on écoute et on respecte l’autre dans son cheminement. C’est précisément le contraire du prosélytisme, qui met une forme de pression.

Cela demande évidemment d’abandonner la maîtrise de la conversation, pour accepter de laisser l’autre faire son chemin librement, comme Dieu le fait avec nous.

Disons-le, comme parent on a souvent beaucoup de peine à faire cela.

C’est vrai, laisser l’autre faire son chemin, c’est courir le risque qu’il ne suive pas celui qu’on voudrait pour lui… Voilà pourquoi dans certaines familles on a un peu peur de discuter des choses de la foi (après le culte, le dimanche midi par exemple) par crainte des remises en question, des critiques ; peur de ne pas savoir quoi répondre, d’être pris en défaut ou que sais-je. Et qu’en ne sachant pas « bien » répondre, les parents éloignent leur enfants de Dieu.

Mais Dieu ne peut être choisi que dans la liberté. A nous d’écouter nos proches, de leur donner les éléments qui leur permettront de choisir ; et Dieu les convaincra. Evitons déjà de lui barrer le passage en cessant d’être un témoin – ce qui nous est demandé – pour jouer à l’avocat ou au saint. 

Qu’est-ce qu’un témoin ? Le texte nous montre que c’est simplement quelqu’un qui raconte ce qu’il a vu ou entendu. « Voilà ce qui s’est passé ».

Cependant la tentation est grande de quitter ce rôle de simple témoin pour jouer les avocats de Dieu : vous savez, on a tellement peur que nos enfants rejettent Dieu, qu’ils s’éloignent de la foi, qu’on cherche à plaider la cause de Dieu. On veut le défendre, on veut convaincre. Mais l’avocat plaide, il enjolive parfois, il ne dit pas tout… il mène un combat pour convaincre, sous une forme de pression…. c’est se substituer à Dieu, et c’est contreproductif.

Ou bien on cherche à jouer les saints devant nos enfants – c’est le « complexe du modèle ». Certes donner le bon exemple est important. Mais pas au point de faire semblant d’être infaillibles. Peu de choses ont un impact plus négatif sur le témoignage que les incohérences entre le discours et les actes.

On peut se demander comment provoquer un tel dialogue aujourd’hui, et quelles sont les « pierres » propres à intriguer nos enfants saturés d’informations et de stimulations.

Je crois que les pierres, ils les trouveront dans notre propre vie de foi, en nous voyant vivre notre foi – et la vivre en vérité, avec humilité.

Bien des choses dans notre vie spirituelle peuvent amener des questions ; ne serait-ce que prier dans le salon, le matin, y lire la Bible. « Pourquoi tu fais ça ? ». Daniel priait ainsi sur son balcon trois fois par jour, sans rien cacher. Et puis partager ce qui nous anime. Pourquoi va-t’on quand même au culte alors qu’on dit qu’on est fatigué ? Pourquoi donne-t’on de l’argent alors qu’on vient de dire que le jeu qu’ils demandent est trop cher ?

Certains parents se diront peut-être : « mais je n’ai rien à transmettre ! Je n’ai rien vécu d’intéressant ». « Pas de libération de la drogue ou de conversion en prison ! Ni songe, ni miracle ! ».

Tant mieux, d’une certaine manière. Car nos proches ont surtout besoin d’être écoutés, accueillis dans leurs questions sur Dieu par un compagnon de route humble et sincère ! (rien que ça ). Cette authenticité a du poids pour eux. Ils apprécient qu’on ne fasse pas semblant. Qu’on ose dire : je ne sais pas. J’ai besoin de Dieu. J’ai eu besoin de Dieu. Ils voient aussi les changements dans nos vies, et sans nous limiter aux délivrances fracassantes tant appréciées dans les témoignages, il est bon de partager aussi nos lentes évolutions, nos échecs aussi.

Je crois que c’est cela, être témoin. C’est un rôle discret, modeste mais qui demande humilité, tact et attention à l’autre. C’est ainsi que nous pouvons ainsi être des « signes » de la grâce de Dieu au milieu de nos proches.

Par delà notre parcours personnel,  pourquoi ne pas transmettre aussi ce que Dieu a fait dans le passé, dans la vie d’autres hommes ? Dans l’Israel Ancien, la transmission de la foi  passait par le récit des hauts faits de Dieu. A l’Eglise, les enfants apprennent cela à grand renfort de travaux manuel tous plus ingénieux les uns que les autres et c’est une bonne chose. Le Moïse à la barbe en coton que votre enfant ramène après le culte peut être lui aussi une pierre, une occasion de dialogue : « qu’as-tu appris ce matin ? ».

Au risque de paraître réactionnaire, je plaiderai aussi pour qu’on partage aussi la mémoire de nos pères protestants, et l’histoire aussi de tous les chrétiens depuis premiers siècles jusqu’à aujourd’hui. Des grands missionnaires – qui en parle, aujourd’hui ?

Ce n’est pas si évident, car notre époque amnésique est un peu allergique à la profondeur historique. Et son mot d’ordre : « du passé faisons table rase ; tout nouveau, tout beau » atteint aussi nos Eglises. Ce qui fait qu’on découvre avec stupéfaction qu’il y a en Irak et en Syrie des chrétiens installés là depuis les premiers jours du Christianisme. Ou qu’avant le Protestantisme évangélique il y a eu presque deux mille ans d’amour de Christ et de sa Parole, et des croyants admirables.

Les pierres sorties du Jourdain sont posées aussi pour dire ça : ce qui s’est passé ici dépasse les personnes qui l’ont vécu, leur génération, leur culture. Ce n’est pas juste « un truc de l’ancien temps ». Les enfants ont besoin qu’on leur dise ainsi : « voilà d’où tu viens ». Dans le même temps, nous nous plaçons aussi avec eux dans une chaîne qui dit la fidélité de Dieu de siècles en siècles.

Fidélité de Dieu dans notre famille parfois : cf exemple des Salas (un NT des gedeons à l’hôpital).

Et pour tous les chrétiens, fidélité de Dieu dans l’histoire de son peuple, où nous entrons avec Moïse et David par notre foi en Jésus-Christ. Histoire de la grâce et de l’amour du Père éternel.

Au final, peut-être que Dieu nous demande simplement de nous tenir prêt de nos tas de pierres, patiemment, en étant disponibles à l’action du saint Esprit et sans chercher à nous mettre au travers du chemin.

Faire le moins possible écran à la lumière de Dieu. J’ai pensé ici aux vitraux dans les églises, que quelqu’un avait évoqué dans une méditation du Miniscope. Les vitraux sont magnifiques mais ils ne produisent pas eux mêmes la lumière. Leur beauté vient de la lumière du soleil, qui les traverse. En somme, ils ne resplendissent que s’ils se laissent traverser.

Et si nous étions des parents-vitraux, des enfants-vitraux, des frères et soeurs-vitraux qui ne cherchent pas à faire briller la lumière de la grâce par eux-mêmes, mais qui acceptent de laisser Dieu éclairer le monde à travers leurs trous et leurs creux – leurs limites et leurs blessures ?

Cela ne veut pas dire être transparent, bien sûr !

Mais c’est ainsi que mes parents m’ont donné l’envie de connaître Dieu. Je voyais bien qu’ils n’étaient pas parfaits mais jamais ils ne faisaient semblant de l’être, et cela faisait d’autant plus ressortir cette lumière de Dieu qui les traversait. Je percevais qu’il y avait quelqu’un d’autre derrière – et je voulais moi aussi être baigné, comme eux, dans sa lumière.

Alors vous vous dites peut-être : comment relever un tel défi ? Comment parvenir à rester ainsi témoin, sans jouer au juge, à l’avocat ou au saint ? Lâcher le contrôle de nos enfants et les confier à la grâce de Dieu, cela demande tellement de foi !

Ici nous revenons simplement… à la prière. Elle est notre engagement prioritaire, l’action la plus bienfaisante que nous puisions mener – en Eglise, en famille, en couple- et pas seulement avant les repas !

Qu’ensemble, nous puissions chercher la face du Seigneur, la force du Seigneur, la sagesse du Seigneur.

Prions pour nos enfants – pour leurs amis – pour nos conjoints, nos parents, nos familles…la mère de Saint Augustin a prié trente ans pour la conversion de son fils !

Que nous puissions donc ouvrir nos mains pour confier nos proches à la grâce de Dieu… mais les resserrer aussitôt pour prier le Seigneur avec persévérance – prier, et prier encore. Prier à genoux, à hauteur d’enfant, pour mieux les écouter.

A genoux, pour nous mettre à leur niveau, et mieux leur dire les beautés de la Parole de Dieu.

A genoux, humblement, devant notre Dieu, confiants dans sa grâce et sa fidélité pour nous et nos familles.

Lecture de conclusion : Esaïe 30.23

« Alors il répandra la pluie sur la semence que tu auras mise en terre, et le pain que produira la terre sera substantiel et nourrissant ».

Amen.

Auteur :eellyon

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