Prédication du 8 octobre 2015 – Pierre, façonné par Dieu

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Prédication du 8 octobre 2015

Pierre, façonné par Dieu…

Comme un potier, Dieu nous façonne, avec patience… S’il y a quelqu’un qui a été façonné, pétri même par Dieu, et changé par sa rencontre avec Jésus, c’est bien l’apôtre Pierre.

Pierre, fougueux pécheur de Galilée, « débauché » un jour par Jésus, devenu apôtre, puis auteur des deux épîtres que nous connaissons aujourd’hui…  quel parcours !!

Son histoire est celle, mouvementée, d’un homme que Jésus a appelé pour vivre avec lui, mais aussi pour devenir comme lui – que dans cette relation il soit façonné peu à peu, jusqu’à ressembler toujours davantage à son maître.

Les sculpteurs savent qu’il y a des matériaux qui résistent plus que d’autres – mais que ce sont souvent les meilleurs ! De même, Pierre a beaucoup résisté au travail de Dieu en lui ; résisté par son caractère, par ses désirs, par son manque d’écoute.

Mais Dieu est patient. Et la façon dont il a oeuvré en Pierre pour le faire entrer dans un accord profond avec lui, est remarquable.

Voilà pourquoi je voudrais évoquer avec vous, en trois étapes, le parcours de cet homme, parce qu’il nous apprend beaucoup sur notre propre parcours, et sur ce que Dieu veut faire avec nous.

Rassurez-vous, nous nous attarderons un peu plus sur le premier texte pour aller plus vite ensuite.

Première étape : Pierre entre accord et désaccord avec Jésus. 

Matthieu 16.13-23 (NBS)

Jésus, parcourant la Galilée, demande un jour à ses disciples : « pour vous, qui suis-je ? ». Le premier à répondre, c’est Pierre bien sûr.

16Simon Pierre répondit : Toi, tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. 17Jésus lui dit : Heureux es-tu, Simon, fils de Jonas ; car ce ne sont pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est dans les cieux ! 18Moi, je te dis que tu es Pierre, et sur cette pierre je construirai mon Eglise, et les portes du séjour des morts ne prévaudront pas contre elle. 19Je te donnerai les clefs du royaume des cieux : ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux. (…)

21Dès lors Jésus commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallait aller à Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être tué et se réveiller le troisième jour. 22Pierre le prit à part et se mit à le rabrouer, en disant : Dieu t’en préserve, Seigneur ! Cela ne t’arrivera jamais. 23Mais lui se retourna et dit à Pierre : Va-t’en derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une cause de chute, car tu ne penses pas comme Dieu, mais comme les humains.

Etonnant contraste dans ces deux échanges entre Jésus et Pierre. Celui-ci vient de déclarer, sous l’action du Saint-Esprit, que Jésus est le Christ. Sur cette confession, Jésus par un jeu de mot lui annonce qu’il bâtira son Eglise sur lui, avec une grande responsabilité : « Je te donnerai les clefs du royaume des cieux ! ». Bel accord entre le Seigneur et Pierre. Jésus voit déjà dans le matériau encore très brut qu’est Pierre la belle oeuvre à venir.

Et puis immédiatement après, voilà Pierre qui s’oppose frontalement à Jésus !

Le désaccord est très marqué : Pierre le « rabroue », lui fait des reproches : « comment peux-tu dire ça, allons ! Ca ne t’arrivera pas ! ». On entend presque, dans ses paroles, un « cesse d’être pessimiste, voyons, qu’est-ce qui t’arrive » un peu infantilisant.

C’est que la foi de Pierre est encore balbutiante. Il est encore plein de lui-même, et commence tout juste à comprendre qui est Jésus. Comment lui en vouloir ?

Et puis, comme les juifs de son temps Pierre attend un Messie glorieux, vainqueur. C’est ce qu’il a compris du message des prophètes. Du coup, il refuse d’écouter quand Jésus lui annonce qu’il doit « souffrir beaucoup » et être tué. « Cela n’arrivera pas !».

Enfin, sa réaction est inspirée par l’affection, ses intentions sont généreuses ; il croit aider Jésus. Son côté entier et sa franchise sont de réelles qualités –  mais encore pleines de grumeaux, et mêlées d’orgueil. Il n’a pas appris à se méfier de ses propres intuitions et ne cherche pas à faire la différence entre ce qui vient de Dieu, comme sa confession de foi, et ce qui vient de lui-même – ou pire, du diable !

Voilà pourquoi, en croyant servir les intérêts de Jésus, en voulant « sauver le sauveur », il se fait l’agent de Satan, sans s’en rendre compte : « va t’en derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une cause de chute (un skandalon), car tu ne penses pas comme Dieu mais comme les humains » (v.23).

Il est important de comprendre que Jésus est réellement tenté ici, tenté d’échapper à la souffrance qui l’attend, tenté de reculer et de s’opposer lui aussi au plan de Dieu ! Satan essaie plusieurs fois de le faire dévier, et jusqu’au bout Jésus a dû repousser la tentation, apportée ici par ce Pierre pour qui il a tant d’affection, et à qui il se voit contraint de dire : «Arrière de moi, Satan » !

Voilà qui est dur à entendre !

Pauvre Pierre ! Comme il a du se sentir mal quand il s’est rendu compte de ce qu’il était en train de faire !

Mais dans sa grâce, Jésus qui l’a appelé ne le rejette pas : ces mots claquants visent à le façonner, justement ; c’est que le désaccord vient d’une mauvaise orientation de sa pensée, de son coeur : « tu ne penses pas comme Dieu, mais comme les humains ».

C’est un appel à la conversion, qui est, dans la Bible, littéralement le retournement de tout notre être intérieur vers Dieu – comme le tournesol s’oriente vers le soleil.

Pour être converti, Pierre a besoin d’être d’abord confronté à la réalité de son coeur mêlé. Il doit apprendre à écouter la voix de Jésus, et aucune autre.

C’est un avertissement pour nous, qui pensons souvent comme notre époque que la sincérité ou la pureté des intentions justifient tout. Vouloir agir pour Dieu, c’est bien, mais restons modestes, et tachons avant tout de discerner si nos pensées sont en accord avec la volonté de Dieu, et avec Sa Parole. Si nous ne sommes pas en train de penser comme des humains, et pas comme Dieu.

Cette « capacité de reconnaître, parmi toutes les voix multiples et discordantes qui se font entendre à l’intérieur de nous-mêmes, la voix unique et reconnaissable de Jésus »(1), c’est ce que Pierre va acquérir peu à peu dans sa relation avec Dieu – la tradition chrétienne appelle ça le « discernement ». Jésus a promis que ce sens nous ferait donné progressivement par l’Esprit (Jean 10.4-5) : « lorsqu’il a fait sortir ses moutons, le berger marche devant eux. et les moutons le suivent, parce qu’ils reconnaissent sa voix », et qu’ils ont confiance, parce qu’il les aime et les conduit vers la vie.

La suite de l’histoire nous montre que Pierre a grandi dans ce domaine,

mais que pour ça, il a dû passer par bien des épreuves.

Il a dû traverser la nuit de l’incompréhension quand Jésus est mort.

Il a dû passer par le désespoir de lui même, quand il a renié son maître devant les autres, et par la repentance, sans laquelle notre coeur reste fermé à l’amour de Dieu.

Alors seulement il a pu goûter à la joie de Pâques, et comprendre quel acte d’amour Jésus avait accompli en mourant à sa place sur la croix. Il a pu recevoir le pardon de Jésus, au bord de la mer de Tibériade – et être envoyé vers les autres : « prends soin de mes brebis », lui dit Jésus, et « suis-moi » (Jean 21.18-19).

Tout le long Jésus était là avec Pierre, pour le conduire. Et au fur et à mesure que leur relation s’approfondissait, que Pierre comprenait l’amour et le plan de Dieu pour lui, c’est comme si ses qualités se décantaient, et apparaissaient plus nettement. Un peu comme les diamants apparaissent quand on nettoie la boue qui les recouvre.

Et c’est donc un Pierre déjà bien transformé qu’on retrouve le jour de la Pentecôte. C’est la deuxième étape de ce matin.

Sitôt que les disciples présents ont reçu le Saint Esprit, Pierre est le premier à s’avancer devant la foule de juifs rassemblées, et à prendre la parole pour dire ceci :

« Hommes d’Israël, écoutez ces paroles ! Jésus le Nazoréen, cet homme que Dieu a accrédité auprès de vous par les miracles, les prodiges et les signes qu’il a produits par son entremise au milieu de vous, comme vous le savez vous-mêmes, 23cet homme, livré selon les décisions arrêtées dans la prescience de Dieu, vous l’avez supprimé en le faisant crucifier par des sans-loi. 24Dieu l’a relevé en le délivrant des douleurs de la mort…

Que toute la maison d’Israël le sache donc bien : Dieu l’a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous avez crucifié ! ».

Que remarquons-nous ? Voilà maintenant Pierre qui confesse devant tous les Juifs présents ce qu’il contestait peu avant à Jésus en lui disant : « cela ne t’arrivera pas » ! Il a maintenant compris la nécessité du sacrifice de Jésus, et fait aussi allusion au plan éternel de Dieu, auquel pourtant il s’opposait aussi (v.23 : « selon la prescience de Dieu »).

Non seulement il est maintenant capable de comprendre ce que Jésus voulait lui dire, mais en plus ses qualités de leader naturel sont en train de s’affiner, pour faire de lui véritablement la « pierre » sur laquelle Jésus va construire son Eglise.

Rempli de l’Esprit, rendu plus humble par ses diverses expériences, donc plus consentant au travail de Dieu en lui, le voilà qui explique aux autres la pensée même de Dieu ! « Dieu l’a relevé… Dieu l’a fait Seigneur… ».

Et cette convergence entre sa pensée et celle de Dieu va s’approfondir encore jusqu’à la fin de sa vie, comme le révèle la lettre que l’apôtre écrit à Rome, peu avant d’être exécuté lui-même. C’est la troisième étape.

Dès le premier chapitre de la première lettre, on retrouve toutes les lignes esquissées jusque là, mais approfondies, mûries. Pierre parle maintenant avec la sagesse de l’expérience. Comme un guide de montagne expérimenté, il peut se retourner vers les randonneurs moins affermis et leur indiquer où poser leurs pieds pour monter encore.

Le voilà qui résume pour les autres ce qu’il a appris pour lui-même, dans son parcours avec Jésus :

D’abord, soumettre ce qui nous agite, nos voix intérieures, à celle de Jésus.

« Tenez votre intelligence en éveil, soyez sobres et mettez toute votre espérance dans la grâce qui vous sera apportée lorsque Jésus- Christ apparaîtra ».

Quel contraste avec ce qu’il a lui même manifesté autrefois !

« En enfants obéissants, ne vous conformez pas aux désirs que vous aviez autrefois, quand vous étiez dans l’ignorance ».

Ne pas écouter les voix qui nous disent : « tu n’y arriveras pas, regarde comment tu es ».

« Puisque celui qui vous a appelés est saint, vous aussi soyez saints dans toute votre conduite. En effet, il est écrit : Vous serez saints car moi, je suis saint ».

Notre progrès vers la sainteté est le travail de Dieu en nous, pas le nôtre. Et parce que Jésus a donné sa vie pour que cela soit possible, Pierre sait qu’il ne nous laissera pas tomber. « Vous le savez en effet, ce n’est pas par des choses corruptibles comme l’argent ou l’or que vous avez été rachetés de la manière de vivre dépourvue de sens que vous avaient transmise vos ancêtres, mais par le sang précieux de Christ, qui s’est sacrifié comme un agneau sans défaut et sans tache…. Par lui, vous croyez en Dieu qui l’a ressuscité et lui a donné la gloire, de sorte que votre foi et votre espérance reposent sur Dieu ».

On retrouve encore la confession de foi en Jésus-Christ ressuscité, plus détaillée. Avec le temps, Pierre est entré dans une compréhension plus fine de l’Evangile.

Il peut alors témoigner : « vous avez purifié votre âme en obéissant [par l’Esprit] à la vérité pour avoir un amour fraternel sincère; aimez-vous donc ardemment les uns les autres d’un cœur pur. En effet, vous êtes nés de nouveau, non pas d’une semence corruptible, mais d’une semence incorruptible, grâce à la parole vivante et permanente de Dieu (…) la parole du Seigneur subsiste éternellement. Cette parole est justement celle qui vous a été annoncée par l’Evangile ».

Quand il écrit ces lignes, Pierre est vivant, profondément vivant ; il sent la vie de l’Esprit en lui, cette « semence incorruptible » par laquelle Dieu travaille doucement à le rendre saint, pleinement accordé à lui !

Et il peut témoigner dans sa propre vie de la fidélité du Dieu qui l’a appelé à la vie. Il a vu comment l’Esprit avait produit en lui son fruit : fruit de paix, de joie, d’amour, de communion, d’humilité. Il a appris a contrario « qu’une inspiration qui vient de nous-mêmes ou du démon sera stérile, voire portera des fruits négatifs : tristesse, confusion, amertume, orgueil »… Exactement ce que Pierre a expérimenté face à Jésus. Désaccord, fausses notes, amertume.

Voilà l’histoire de Pierre, et elle peut résonner très fort avec la nôtre. Car Jésus nous adresse à chacun cet appel : suis-moi. J’ai donné ma vie pour toi, pour que tu puisses demeurer dans mon amour pour la vie éternelle.

Allons-nous résister à cet appel, ou consentir à nous laisser conduire, et façonner ?

Bien sûr, la perspective d’être façonné peut faire peur ! Où Dieu veut-il m’emmener ?

Mais l’exemple de Pierre montre qu’avec Dieu, façonné ne veut jamais dire « formaté » ; il s’agit plutôt d’être « sublimé » par l’amour de Dieu pour pouvoir à notre tour aimer et produire de belles choses.

Pour finir, j’ai pensé à ce que disait un grand homme de la spiritualité chrétienne : « Très peu de gens réalisent ce que Dieu ferait d’eux s’ils s’abandonnaient entre ses mains et se laissaient transformer par sa grâce ». Il disait aussi : « Un tronc d’arbre, brut et informe, ne croirait jamais qu’il puisse devenir une statue, le chef-d’œuvre de la sculpture; voilà pourquoi, s’il était libre, il n’irait jamais se mettre de lui-même sous le ciseau du sculpteur qui voit, dans les intuitions de son art, ce qu’il en peut faire »(2).

Que nous puissions, chacun, nous laisser transformer par la grâce de Dieu, pour qu’il fasse de nous de belles oeuvres d’art !

Amen

Sylvain Guiton

1. J. Philippe, A l’école de l’Esprit Saint, p.35

2. Ignace de Loyola

Auteur :eellyon

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